Pourquoi la mer ?
I - La mer, un environnement propice à l'accompagnement éducatif
1 . Un milieu naturel essentiel et fragile
La mer est au cœur des enjeux de l’humanité. Elle est nécessaire au maintien des équilibres climatiques et environnementaux de notre planète. Indispensable à la vie, elle produit la moitié de l’oxygène que nous respirons et absorbe un tiers du dioxyde de carbone. La mer est aussi vitale à l’équilibre de nos sociétés dans de nombreux aspects : humains, scientifiques, économiques et stratégiques.
Les menaces auxquelles sont confrontées les mers et les océans sont nombreuses : Réchauffement climatique, acidification, pollutions diverses – notamment plastiques – surpêche, protection insuffisante des écosystèmes clés….
Montpellier et sa région sont bordés par la Méditerranée. De fait, la mer fait partie intégrante de notre territoire. Elle en est incontournable.

Espèce protégée et vulnérable
2 . La mer propice à l'émerveillement, une passerelle vers l'écologie
Naviguer en mer, notamment en Méditerranée, provoque une rencontre avec la nature, élément en perpétuel mouvement. Vivre d’intenses émotions au sein de ce milieu, beau et sauvage, ouvre en grand les consciences. La personne peut, au fil des séances, entrevoir que prendre soin de cet environnement revient en quelque sorte à se respecter soi même. Car croiser sur l’eau des éléments de pollution en tout genre – plastiques, filets de pêche à l’abandon, résidus de dégazage – invite nécessairement à la réflexion. Les notions de respect et de préservation de ce biotope s’imposent peu à peu à l’esprit de chacun. Soutenues par l’équipe encadrante, les actions en faveur de la protection de cet écosystème – qui donne tant – prennent alors tout leur sens. Selon notre point de vue, la navigation propose un émerveillement à la nature mais également une passerelle évidente vers l’écologie.

3 . Une coupure avec le quotidien' terrestre'
Les actions d’Escales se situent en faveur des personnes accueillies et suivies en établissement ou structures sociales, médico-sociales ou de soins. Eu égard à la nature de l’activité d’une part, et à la configuration spatiale sur le voilier d’autre part, ces actions se déroulent en groupes de cinq usagers en moyenne en dehors de l’encadrement nécessaire. C’est bien dans une démarche éducative en petits groupes qu’ESCALES entend développer ses interventions.
Le bateau est un espace de vie sur l’eau, instable, isolé des repères habituels, où la vie à bord n’est pas liée à l’arbitraire mais à des contraintes naturelles : la mer, le vent, la météo. Selon notre directeur de projet : « En mer, je ne peux lutter contre mon environnement, je ne peux que m’adapter, faire corps avec lui. » La vie en mer oblige à ne laisser que peu de places au superflu. La personne ‘navigue’ bien souvent entre réussites et frustrations dans les contraintes liées aux éléments naturels et à la cohabitation. Elle doit la plupart du temps ne répondre qu’à des besoins élémentaires. C’est aussi un espace restreint où aucune fuit et aucune échappatoire ne sont possibles. Les difficultés ne peuvent être évitées, les moments de « crises » doivent être traversés. Y trouver une place nécessite un effort relationnel constructif et bienveillant avec le chef de bord et les autres participants au voyage. Chaque personne est responsable de la navigation, de la sécurité de l’équipage, de l’ambiance à bord. Chacun est en quelque sorte coproducteur d’une aventure collective. La navigation en voilier est par conséquent un moment particulier, une rupture avec le quotidien terrestre et institutionnel.

II - Le voilier, un média pertinent
1 . Des champs d'action multiples
Le voilier et la navigation offrent nombre de supports et d’outils de travail. Plusieurs tâches peuvent être réalisées. Tout d’abord à l’endroit du bateau : Rénovation et petits travaux de menuiserie pour réparer ou donner un « coup de jeune » à certaines pièces en bois, peinture, et restauration de la coque ou pose d’antifouling. Un travail pédagogique peut également s’opérer autour de la météorologie, si importante, lors d’une navigation. Il y a de même la nécessité de s’approprier un nouveau langage. Naviguer c’est aussi apprendre à lire une carte, à se repérer sur celle-ci. Être sur un voilier, c’est faire l’apprentissage de la navigation : tirer des bords, changer de cap, hisser une voile, barrer. On peut tout autant appréhender la navigation GPS, la communication radio, faire l’expérience de cuisiner dans un espace restreint en mouvement. Le champ des possibles est donc très vaste quand on envisage de ‘prendre le large’ .

2 . Un contexte particulier pour appréhender un cadre autrement
De par le milieu singulier dans lequel se déroulent les séances, un intérêt majeur rencontré n’est autre que l’obligation formelle et acceptée par tous du respect d’un cadre, dicté de manière évidente par la mer. En outre, il n’y a qu’une seule autorité, celle du Chef de Bord, car il connaît et maîtrise tout autant la marche du voilier que la réalité de l’environnement. Cet élément important de compréhension, amené de manière naturelle par les éléments et non forcée, permet à la personne d’adopter un comportement adapté au contexte. Il s’agit là d’une manière différente d’intégrer des obligations, d’accepter des contraintes et de se les approprier.
Ce média propose, à notre sens, un lieu ‘contenant’ dans un environnement en constante évolution. Chacun peut faire l‘apprentissage de la nécessité d’une organisation spécifique, du respect d’un cadre et de règles nécessaires à la bonne marche du voilier, un ordre symbolique de société en quelque sorte.

3 . Un support favorable à la socialisation et l'entraide
Sur le voilier, chacun a en charge sa propre sécurité bien sûr, mais aussi celle de ses équipiers. La navigation en général, et telle que l’entend Escales, exige un fonctionnement à plusieurs personnes, une entente mutuelle et une coopération de tous les instants. La personne comprend rapidement que la qualité des acquis à trouver dans sa pratique est intimement liée à la relation qu’elle va tisser avec les autres membres d’équipage. C’est cette dynamique d’intérêts communs qui peut favoriser l’ouverture à l’autre. Ne pas prêter suffisamment attention à la personne qui navigue à ses côtés peut exposer l’équipage à des représailles préjudiciables. Nous pensons que le milieu et les règles qu’il impose aident à réguler les comportements. Chacun prend peu à peu conscience qu’un effort et un engagement personnel et collectif sont nécessaires à la réussite d’une navigation. Nous assistons lors des séances à une harmonisation des rapports de force établie entre les personnes au sein de leur institution. Ce n’est pas nécessairement le plus fort ou le plus agressif qui sera le plus efficient à bord. Le regard sur l’autre, et par conséquent la relation, va devoir changer.

